Faut-il craindre un échec à Copenhague dans un mois ? A l’issue des ultimes discussions préparatoires qui se sont tenues à Barcelone début novembre, l’hypothèse est en tout cas
sérieusement redoutée. Principal point d’achoppement : l’aide économique aux pays les plus pauvres, destinée à les accompagner dans leur adaptation aux changements climatiques. Le sujet est
central, non pas tant parce qu’il incarne l’enjeu de la solidarité internationale, mais parce qu’il pose, en fin de compte, la question du changement climatique sous l’angle de la responsabilité.
L’aide serait ainsi une forme d’expression de la justice écologique, la compensation versée par les Etats les plus pollueurs à leurs victimes. Reste à déterminer qui sont ces Etats les plus
pollueurs, le coût collectif de leurs fautes, et les mécanismes de réparation envisageables… bref des questions en suspend qui ne sont que sources de désaccords et de tensions entre les 175 pays
négociateurs.
En fait si tout le monde se complait à communiquer sur l’importance de la lutte contre le changement climatique, dans la pratique personne n’est à l’aise avec le dossier. Cela implique des bouleversements économiques et industriels tels que les pouvoirs publics se heurtent à d’intenses lobbyings, quand ils ne sont pas purement et simplement découragés. Du coup, l’espoir de Copenhague tourne un peu vinaigre. L’écologie devient peu à peu l’argument politique (non-sincère ?) qui justifie les stratégies économiques traditionnelles des uns et des autres. Rien ne change, surtout pas l’essentiel (au contraire !), sauf peut-être l’enrobage médiatique.
Les Etats-Unis tout d’abord. L’acteur décisif du sommet n’a pas encore dévoilé ses intentions. OBAMA déclare attendre que le Sénat rattifie sa loi sur le Climat avant de s’engager sur des objectifs chiffrés. Dont acte. Mais du coup, toute la machine est grippée. Car tout le monde semble avoir parfaitement retenu la (très désagréable) leçon de Kyoto : personne ne s’engagera juridiquement sur le Climat si les USA ne sont pas moteurs de Copenhague. Le Président américain aurait du anticiper cette réaction parfaitement logique de la communauté internationale, sauf à vouloir délibérément reporter la signature d’un accord contraignant… hypothèse somme toute probable quand on sait la puissance des lobbies industriels aux Etats-Unis.
Les Chinois (premiers émetteurs mondiaux de gaz à effet de serre) poursuivent quant à eux une stratégie toute personnelle. Ces derniers tentent astucieusement de nuançer l’importance du réchauffement climatique pour les pays émergeants et les pays pauvres, et préconisent plutôt de concentrer l’action internationale sur la lutte contre la pauvreté. Evidemment la sincérité du positionnement « social » de Pekin laisse sceptique, surtout si l’on considère la politique sociale intérieure de la Chine. En revanche si l’on considère sa politique économique extérieure, et particulièrement son caractère très offensif sur les marchés africains des ressources naturelles, l’on comprend qu’en se faisant le porte-parole des pays pauvres, et en reléguant comme elle le fait les enjeux écologiques au second plan, la Chine se prépare de belles années de pollution devant elle.
S’agissant du Brésil et de l’Inde, les préoccupations sont différentes. Ils mettent surtout la pression sur l’Oncle Sam en réclamant de lui des efforts drastiques de réduction d’emissions ( -20% en 2020 par rapport à 1990… là où OBAMA évoque un petit -4% !!). Sachant déjà que leur démarche sera vaine, l’un et l’autre en ont profité pour se dégager de leurs responsabilités, le Brésil en indiquant qu’il se contenterait d’agir contre la déforestation plutôt que les GES, et l’Inde en expliquant qu’il ne se sentira lié par aucune disposition internationale contraignante. Belle manière de botter en touche !
Et l’Europe dans tout ça ? 9 Etats membres d’Europe centrale, menés par la Pologne et la Roumanie, sont montés au créneau pour expliquer qu’à partir du moment où personne ne voulait payer, pourquoi payeraient-ils pour les autres ? Ce « je-m’en-foutisme » climatique - assumé visiblement - reflète pourtant bien les positions (très) libérales défendues traditionnellement par ces pays depuis leur intégration dans l’Union. Il faut croire qu’en définitive, ce club des « 9 » dit tout haut ce que Paris, Berlin et Londres pensent tout bas, puisque la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont réaffirmé que l’Europe ne s’engagerait qu’en fonction des engagements des Etats-Unis et de la Chine… lesquels, on l’a vu, n’ont pas très envie de s’engager.
Bref, le serpent se mord la queue : les uns se sentiront responsables quand les autres le seront, et inversement. D’ici là, chacun fait ce qui lui plait. C’est certain : avec de tels raisonnements, Copenhague n’a aucune chance d’aboutir. Tant que nos gouvernements refuseront de considérer le changement climatique comme une responsabilité collective indivisible, qui exige de repenser fondamentalement l’ensemble des stratégies économiques et industrielles nationales, nous n’avanceront pas.
Déjà, les observateurs internationaux évoquent un « Sommet de Mexico », fin 2010, Copenhague devant déboucher simplement sur une déclaration commune, laquelle servirait de cadre politique pour la rencontre suivante. Mais à force de toujours repousser les décisions inévitables, la situation de la planète empire, et avec elle, celles de tous les êtres vivants.
Il nous reste un petit mois pour aller chercher la déclaration commune la plus ambitieuse possible, puisque nous n’avons plus le choix, et de nous mettre sérieusement au travail pour Mexico 2010… Nous devons obtenirs de nos parlementaires et de nos gouvernants qu’ils changent radicalement leur approche, et qu’ils se mettent sérieusement au boulot pour sauver notre avenir !

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